Alejandro Valverde remporte le Tour d'Espagne à l'issue de la 21e étape de la course, qui s'est terminée par un sprint massif. L'espagnol repart également avec le classement du combiné. A droite, les photos les plus emblématiques de ses différentes participations à la Vuelta (de haut en bas : Vuelta 2003, 2004, 2006, 2008 et 2009) 
C'est finalement sa dixième tentative qui aura été la bonne. Toujours placé, mais jusque là jamais gagnant, sur le Tour d'Espagne, malchanceux sur le Tour de France, Alejandro Valverde a remporté aujourd'hui, à 29 ans et lors de sa huitième saison chez les professionnels, le premier Grand Tour de sa carrière.
Qu'on l'attendait, cette victoire ! Déjà, en 2003, on y pensait, après le premier podium du murcian sur une épreuve de trois semaines. Depuis, chaque année, on espérait, en se disant que "cette fois, ça sera la bonne", invoquant de multiples arguments pour tenter d'expliquer pourquoi, par a+b, il était mathématique qu'Alejandro réussisse. Mais non, cette victoire ne voulait jamais venir, se dérobant même une fois, lâchement, en 2006, alors qu'elle semblait conquise. Chutes, erreurs tactiques, mauvaises conditions météo, maladies, les raisons ne manquaient jamais pour justifier les décevants résultats de Valverde sur les courses de trois semaines...à tel point que certains finirent par ne plus y croire.
Jusqu'à ce retournement de situation, en juin, où les portes du Tour de France se refermèrent sur Alejandro. Il restait alors deux bons mois avant le départ de la Vuelta : suffisant pour se préparer sans stress à ce qui allait rapidement devenir le nouveau grand objectif de la saison du coureur de la Caisse d'Epargne. D'ailleurs, si en théorie, l'annonce officielle de sa non-participation au Tour s'est faite fin juin, en pratique on la voyait venir depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois : la Vuelta en objectif, on y pensait donc déjà bien avant le départ du Tour.
C'était donc la première fois depuis 2004 qu'Alejandro allait pouvoir disputer son Grand Tour national à 100%, avec la

volonté de gagner. En cinq ans, Valverde avait bien progressé, et surtout acquis une expérience qui lui avait manqué auparavant. Toutes les conditions étaients réunies pour qu'il gagne, comme je l'expliquais dans un article, publié dix jours avant le départ de la course, intitulé..."
Pourquoi Valverde gagnera la Vuelta 09". Même ses supporters habituellement les plus sceptiques sur ses chances de réussite sur les Grands Tours s'étaient convertis !
Grand favori, Valverde ne devait pas louper le coche : cette Vuelta, c'était une occasion en or - c'est le cas de le dire - pour prouver à tous qu'il a les capacités de remporter une course de trois semaines, et c'était surtout l'occasion rêvée, tout simplement, de gagner enfin ce premier Grand Tour derrière lequel il courrait depuis si longtemps !
Voilà qui explique donc la prise de risques minimum, et par conséquent le relatif manque de panache, dont a fait preuve le murcian : ce dernier a compris que pour gagner, il devait s'économiser le plus possible, se contentant de rester au contact de ses rivaux en montagne (mis à part lors des derniers mètres, pour prendre des bonifications) même lorsqu'il n'était pas encore leader du général. Il ne cache pas avoir
«joué défensif : je ne me suis pas lancé dans de grandes offensives, et ça a sans doute la clé de mon succès.» Cette stratégie d'économie lui a ainsi permis de ne pas connaitre de fameux jour-sans, où il est sujet particulièrement en cas de mauvais temps, et l'a probablement sauvé lors de l'arrivée à La Pandera, où, lâché un premier temps par ses concurrents, il a trouvé la force (qu'il n'aurait peut-être pas eu s'il s'était plus dépensé les jours précédents) de les rattraper et de les dépasser

dans les tout derniers kilomètres. Sa grande vigileance aux cassures et aux chutes, sa régularité en montagne et ses assez bonnes performances en chrono ont donc suffi pour qu'il remporte l'épreuve. Cela n'empêche, Alejandro l'emporte finalement de peu (moins d'une minute, précisemment 55" sur son dauphin, S.Sanchez) et a eu de la chance durant les trois semaines : une simple crevaison (dont a été victime Evans ce qui lui a coûté du temps) ou une chute (dont ont payé plus ou moins sévèrement trois de ses plus dangereux rivaux, à savoir S.Sanchez, Mosquera et Gesink) n'auraient donc peut-être pas donné le même vainqueur final...Cette stratégie était donc assez risquée. Mais elle a fonctionné, et c'est bien là l'essentiel ! Et puis, question pépins, Valverde avait de toute façon assez payé comme cela depuis ses débuts pros...et ça s'est d'ailleurs senti : on l'a senti plus attentif en course, et il ne lui est rien arrivé : impossible de ne pas y avoir un lien. Mosquera et Gesink, par exemple, peut-être les deux meilleurs grimpeurs (intrinsèquement) présents sur la course, peuvent ainsi nourrir des regrets de ne pas avoir fait suffisamment attention. Quant au spectacle, Alejandro repassera : ce premier succès dans un Grand Tour n'a certes pas été acquis de la plus belle façon possible - aucune victoire d'étape, ça laisse forcément un petit arrière-goût dans la bouche - mais l'important était de terminer, coûte que coûte, premier du classement final.
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De toute façon, quand on se remémore les différentes étapes de montagne, ce n'est même pas certain que Valverde avait réellement les moyens d'attaquer, comme il l'a fait par exemple au Mont Ventoux sur le dernier Dauphiné Libéré : au fond, il n'était pas véritablement supérieur à ses adversaires (mis à part Basso) sur cette Vuelta. Il a surtout bénéficié de l'inestimable travail de ses coéquipiers, qui en ont bavés, c'est clair : sans eux, Valverde n'aurait pas pu gagner aussi facilement. Ils ont en effet parfois cadenassé la course, à tel point que personne ne pouvait attaquer Alejandro jusque dans les derniers kilomètres : forcément, ça aide quand on est leader (ce qu'a été Alejandro pendant la moitié des trois semaines) !
Bien qu'il était largement au niveau des meilleurs (c'est-à-dire Mosquera, Evans, Gesink ainsi que S.Sanchez), je m'attendais à un Valverde plus dominateur que cela en montagne. Peut-être étais-je un peu trop optimiste, mais force est de constater qu'à 100%, avec une équipe très très forte, sans pépins de santé (quoique je pense que les mauvaises conditions météo l'ont légèrement affaibli) et en connaissant la grande majorité des étapes de montagne, Alejandro ne s'est pas montré bien au-dessus de ses rivaux en montagne.
Or, il a répété hier qu'il se croyait encore capable d'un podium sur le Tour de France, voire de la victoire finale...Je ne comprends vraiment pas : il sait pourtant que la différence de niveau entre la Vuelta et le Tour est énorme ! Peut-être est-il convaincu qu'avoir battu Basso et Evans, deux coureurs ayant de grandes références sur la Grande Boucle, fait de lui un coureur de juillet...ll faut pourtant se mettre d'accord tout de suite : Basso est loin d'avoir retrouvé le niveau qu'il avait en 2006, quant à Evans il sortait du Tour et ne s'était pas du tout préparé pour cette Vuelta (où il était d'ailleurs venu initialement pour se préparer au Mondial...!). Certains avancent également que cette victoire pourrait être un déclic pour Alejandro, ce que je veux bien croire, mais tout de même pas au point de faire un podium sur le Tour.
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Quelles que soient ses raisons, je ne partage donc pas son opinion et je serais donc déçu de le voir consacrer sa saison 2010 au Tour de France (ce qui semble pourtant être bien parti), sur lequel il ne peut faire mieux, pour moi, qu'un top 5 (encore une fois, il faut être réaliste : face à Contador, Armstrong et les frères Schleck, sans oublier l'arnaque Wiggins, Valverde ne fait pas le poids). On aura tout le temps d'y revenir à l'intersaison, surtout à l'occasion de la présentation du prochain Tour, le 24 octobre, où Valverde n'assistera pas (puisqu'il sera le même jour au Mexique pour le GP International de Cancún), mais finalement, cette Vuelta passée, je suis maintenant pour le passage de Contador à la Caisse d'Epargne. Le rapport avec ce dont je parle ci-dessus ? C'est simple : Contador dans l'équipe de Valverde, cela signifierait que ce dernier se sacrifie pour lui en juillet (c'est en tout cas comme cela qu'Alejandro le présente quand il est questionné sur le sujet) et donc, obligatoirement, que Valverde ne mise pas sa saison sur le Tour. Il pourrait alors viser d'autres courses : soit faire un programme plutôt classique, avec les classiques ardennaises (trop délaissées à mon goût cette saison), la Vuelta et le Mondial, tout en disputant le Tour dans l'optique, outre d'aider Contador à gagner, de remporter une belle victoire d'étape, soit il se fixe (en plus des ardennaises) de nouveaux objectifs, comme Milan/San Remo, le Giro ou le Tour de Lombardie. Avouez que cela serait sympa, comme programmes !
En attendant, la saison 2009 n'est pas terminée et elle peut encore nous offrir de belles émotions : le Championnat du Monde se dispute dimanche prochain, et Valverde est une nouvelle fois un des grands favoris. Le parcours à un dénivellé équivalent à celui d'une étape de haute montagne...Et si, après avoir gagné le Grand Tour qu'il attendait depuis de nombreuses années, Valverde remportait également le Mondial, qui ne lui a offert depuis 2003 que des places d'honneur ?
BRAVO ALEJANDRO POUR CETTE VICTOIRE !!
Classement général final du Tour d'Espagne : 1. Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne) en 87h22'37" 2. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) à 55 sec.
3. Cadel Evans (AUS, Silence-Lotto) à 1'32"
4. Ivan Basso (ITA, Liquigas) à 2'12"
5. Ezequiel Mosquera (ESP, Xacobeo Galicia) à 4'27"
6. Robert Gesink (PBS, Rabobank) à 6'40"
7. Joaquim Rodriguez (ESP, Caisse d'Epargne) à 9'08"
8. Paolo Tiralongo (ITA, Lampre-NGC) à 9'11"
9. Philip Deignan (IRL, Cervélo TestTeam) à 11'08"
10. Juan-José Cobo (ESP, Fuji-Servetto) à 11'27"