Le défi est à la mesure de son talent : Alejandro Valverde pourrait devenir, dimanche soir, le premier coureur cycliste de l'histoire à réaliser le doublé Vuelta-Mondial la même année.
Le Tour d'Espagne, c'est bon, il l'a dans la poche (du moins jusqu'à la mi-octobre, date du jugement du TAS) depuis une semaine. Il l'a enfin conquis après avoir longtemps tourné autour du pot, ce qui montre qu'il a passé un cap en matière de gestion des courses de trois semaines, et cela avec les précieux conseils du "boss" de la Caisse d'Epargne, Eusebio Unzue, qui lui a enseigné qu'il ne pourrait remporter son premier Grand Tour qu'en courant à l'économie.
Le Championnat du Monde, c'est un peu la même chose : toujours placé (deux fois 2e, une fois 3e et 6e), jamais gagnant...du moins jusqu'à maintenant. Car tout comme cette saison a permis à Alejandro de gagner son premier Grand Tour, auquel il courrait derrière depuis plusieurs années, elle pourrait également lui permettre de réaliser un rêve qui lui tient à coeur chaque fin de saison depuis sa première sélection en 2003 : devenir champion du monde et porter ainsi durant une saison entière le maillot aux liserés arc-en-ciel. "Cette fois, c'est la bonne" : on se dit ça chaque année, mais ça a marché pour la Vuelta, alors pourquoi pas pour le Mondial ?
Bien sûr, une course d'un jour (et encore plus un championnat du monde) est toujours plus incertaine qu'une course de trois semaines, et les prétendants à la médaille d'or sont nombreux, même si beaucoup ne l'expriment pas explicitement. Il n'empêche que les arguments, qui étaient également nombreux au départ de la Vuelta lorsqu'il s'agissait d'expliquer pourquoi Valverde pouvait la remporter, ne manquent pas pour convaincre qu'Alejandro a de grandes chances après-demain.
En plus de sa forme, qui est donc bonne même s'il sort d'une Vuelta qui l'a sans doute fatigué (aussi bien physiquement que mentalement), Alejandro peut compter sur un parcours qui devrait l'avantager. On l'a dit et redit depuis plusieurs mois et même plusieurs années, c'est le plus exigeant de ceux des 10 éditions précédentes. On entend cependant un peu tout et n'importe quoi à son propos (comme chaque année, d'ailleurs) : annoncé dantesque pour certains, il ne serait finalement pas si difficile que cela pour d'autres. En fait, il ne faut pas se laisser berner par les alléchantes caractéristiques avancées, notamment et surtout les fameux 4665 mètres de dénivellé : oui, le parcours est difficile (du fait de la répétition des deux côtes, qui ne sont pas très difficiles en soi mais qui feront mal aux jambes après avoir été grimpés 19 fois), mais non, il ne ressemble pas à celui d'une étape de haute montagne : il est destiné aux puncheurs/grimpeurs, mais pas aux purs grimpeurs, et encore moins, bien sûr, aux simples sprinters. Ce parcours est donc idéal pour Alejandro, mais aussi à des coureurs comme Cunego (le grand favori) ou encore S.Sanchez.
Le vainqueur ne sera pas pour autant forcément un puncheur/grimpeur. En plus des trois coureurs que je viens de citer, les autres grands favoris sont Boasson-Hagen et Freire, qui pourront miser sur leur pointe de vitesse en cas d'arrivée groupée (bien que Freire semble trop juste selon moi pour tenir tête aux cadors quand ces derniers attaqueront), Gilbert, A.Schleck, Ballan (que l'on a tendance à oublier mais est tout de même le vainqueur sortant), et surtout Cancellara, ultra-motivé à domicile et dont tout le monde attend de voir ce qu'il peut faire, lui qui ne cache pas ses ambitions de victoire, sur un circuit pourtant peu adaptés à priori à ses caractéristiques...Et puis, bien sûr, les traditionnels outsiders, qui pourraient profiter d'une stratégie d'attente des favoris (ce qui serait très décevant) : citons ainsi Pozzato, dont on parle peu mais qui est en forme, Rodriguez, Gerrans, Kolobnev,
En plus du parcours, Valverde pourra compter sur une solide équipe, dont il sera le principal leader, même si S.Sanchez a également quelques ambitions ainsi qu'Oscar Freire.
L'avis de Valverde :
_sur le parcours : "il est assez exigeant, avec deux côtes pas très longues mais qui en 19 tours se feront sentir et une descente qui ne laisse pas la possibilité de se reposer. Un parcours où l'on sera constamment sous tension"
_sur ses rivaux : "Cunego surtout, sans oublier Cancellara, Schleck ou Evans"
_sur la sélection espagnole : "il serait important d'être unis et que nous trois [lui, S.Sanchez et Freire] soyons très organisés pour le final".
_en général : "Je n'ai pas eu le temps de récupérer après la Vuelta, mais il s'agissait plus de se reposer et de ne pas perdre la forme qu'autre chose. D'être en condition pour courir la gagne dimanche. Je pense qu'autant Samuel que moi avons bien terminé la Vuelta. Très bien non, parce que l'effort des trois semaines pèsent. Mais en forme et avec la motivation il ne devrait y avoir aucuns problèmes."
L'objectif pour l'Espagne, qui peut compter sur son nouveau sélectionneur, est de renouer avec la victoire, après quatre éditions sans médaille d'or dont deux éditions (2007 et 2008) sans coureur sur le podium.
La sélection espagnole : Carlos Barredo, Juan José Cobo, Oscar Freire, Juan Manuel Garate, Daniel Moreno, Ruben Plaza, Joaquin Rodriguez, Samuel Sanchez et Alejandro Valverde.
Ces deux dernières années, Valverde n'a pas brillé sur le Mondial, pour deux raisons différentes qui ne remettent toutefois pas en cause ses chances de victoire ce dimanche. Et puis, comme le note fabrice, à chaque fois que Valverde est monté sur le podium de la Vuelta, il est monté sur celui du championnat du monde ! Alors, quand on sait qu'il a remporté la Vuelta cette année, je ne peux que vous conseiller d'être à votre poste dimanche à partir de 15h30 sur France 3, en ayant les yeux rivés sur le dossard n°18 ;)
Venga Valverde !!
Mes 10 favoris : ****
Cunego, qui s'est retiré avant la fin de la Vuelta pour avoir assez de "jus" pour le Mondial
***
Valverde, qui est en grande forme et qui pourrait profiter de ses qualités de puncheur/grimpeur/sprinter
Cancellara, qui pourrait démarrer dans le final et gagner au nez et à la barbe des autres favoris
**
S.Sanchez, qui pourrait profiter d'un shéma de course défavorable à Valverde
Boasson-Hagen, qui devrait en étonner plus d'un
*
Ballan, Pozzato et Rodriguez qui pourraient profiter d'un shéma de course défavorable à leur leader
Freire, s'il arrive à rester au contact des meilleurs
Gilbert, qui pourrait attaquer dans le final avec ou sans Cancellara
Le parcours : Après le départ de Mendrisio, les coureurs devront escalader l'Acqua Fresca, un raidillon de 780 m, avec une pente moyenne supérieure à 10 %, jusqu'à Castel San Pietro, à 438 m d'altitude. Puis ils dégringoleront vers Balerna avant d'entamer la redoutable ascension de la Torrazza di Novazzano, une montée de 1,750 km avec des passages à près de 10 % qui mènent à 376 m d'altitude. Ils redescendront enfin vers Genestrerio avant de couper la ligne d'arrivée à Mendrisio.
D'une longueur de 13,8 km et d'un dénivellé de 245 m, ce circuit sera à parcourir 19 fois, soit une distance totale de 262,2 km et un dénivellé total de 4 655 m.
La Torrazza di Novazzano fut le théâtre d'un formidable mano a mano entre Felice Gimondi et Eddy Merckx lors des Championnats du monde sur route de 1971, où le coureur belge, à Mendrisio, remportait son deuxième titre mondial, devant Gimondi et Cyrille Guimard.
source : larousse.fr