Il a franchi la ligne tête baissé, faisant profil bas, n'ayant pas le courage de lever les yeux pour affronter, sur l'écran des résultats, l'implacable réalité : sa place, 19e. Son plus mauvais résultat sur la "Doyenne" depuis sa première participation en 2005 (34e). Depuis, le murcian avait pourtant progressé, a tel point qu'il avait remporté à deux reprises ce qui était devenu au fil du temps "sa" course, et qu'il espérait encore ce matin faire la passe de trois. Il comptait sur sa "grande motivation" pour combler un manque de forme volontaire, oui, volontaire, puisqu'il avait prévu dans son programme d'arriver à son top en juillet pour le Tour, et non en avril pour les ardennaises.
Seulement voilà, depuis la conception de ce programme à l'intersaison, le CONI est passé par là. Et il en est ressorti un constat difficile à avaler : les jours de courses du coureur de la Caisse d'Epargne sont comptés, en attendant le jugement du tribunal du CONI, le 11 mai. Ce dimanche, Alejandro Valverde disputait sa dernière course avant l'échéance, et donc peut-être sa dernière course avant longtemps. Une course qu'il aimerait pourtant très vite oublier.
Son coéquipier Joaquim Rodriguez (2e), lui, ne l'oubliera en tout cas pas. C'était le plus fort de tous, si l'on excepte Andy Schleck ; que ce soit Cunego, Rebellin, S.Sanchez, Evans, il les a tous devancé. Y compris son leader, Valverde. Leader contre lequel il s'est emporté, à une quinzaine de kilomètres de l'arrivée, alors que devant Andy Schleck avait lâché Gilbert depuis déjà quelques kilomètres et s'envolait vers la victoire. Le peloton était alors désorganisé, ne sachant que faire, comprenant que chaque seconde qui passait profitait à l'homme de tête mais ne réagissant pas. Cunego et Kreuziger seuls, ne voulant pas rouler, Rodriguez était à peu près le seul à accepter de s'y coller, mais il trépignait, ne voulant pas assumer seul la poursuite en tête de groupe, de peur de se sacrifier pour rien (ou justement, pour ses rivaux). Voyant que personne n'était prêt à lui donner un coup de main (seul Rebellin pris un ou deux relais), Rodriguez se déporta alors sur la droite de la route, et, passant à côté d'Alejandro, leva le bras et donna un coup dans l'air en signe de colère, comme pour dire : "je suis meilleur que toi aujourd'hui, tu le sais très bien, alors pourquoi me sacrifierais-je pour toi alors que tu ne me donnes même pas de coup de main ?". Il est vrai que Valverde n'avait pas donné un coup de pédale dans la poursuite et profitait depuis quelques kilomètres déjà du travail de son coéquipier, sans pour autant l'aider à quoi que soit.
Alejandro, moins en forme que son coéquipier (cela s'est remarqué de façon la plus significative lorsque le groupe des favoris s'est créé dans le final : Valverde n'a pas réussi à l'accrocher, Rodriguez si), Alejandro aurait donc dû se sacrifier pour "Purito" : il avait tout à gagner à le faire ! D'abord, la possibilité de revenir sur A.Schleck - même si cela aurait été difficile, cela aurait été néanmoins possible si Valverde avait rouler assez tôt (l'écart était de seulement 25 secondes quand le peloton a commencé à ralentir le rythme). Et puis, si l'on regarde un peu plus loin, cela aurait été la marque d'un champion que de le faire - il faut en effet prendre en compte le contexte : Valverde dispute peut-être sa dernière course avant deux ans ! Cela aurait donc été un beau geste, celui d'un champion humble qui sait se donner pour ses coéquipiers quand il le faut, même si cela lui fait mal au coeur (sur le coup).
Enfin bon, ne tapons tout de même pas trop sur Alejandro, qui vit actuellement, on l'imagine même s'il essaye de montrer le contraire (il a d'ailleurs révélé avant le départ de Liège qu'il se sentait "harcelé, sous pression", déclaration surprenante venant de lui, mais ô combien humaine) des moments assez difficiles. C'est justement peut-être pour cela, en pensant au fait que ce Liège pouvait être sa dernière course avant longtemps, qu'il a eu aujourd'hui une attitude qu'on peut qualifier d'égoïste mais également d'humaine : quoi de plus humain, en effet, que de vouloir réussir ce qui peut être votre dernière course avant longtemps, surtout si cette course est celle (d'un jour) que vous affectionnez le plus au monde ?
Classement : 1. SCHLECK Andy 26 TEAM SAXO BANK 6h 34' 32"
2. RODRIGUEZ Joaquim 7 CAISSE D’EPARGNE 6h 35' 49" + 01' 17"
3. REBELLIN Davide 11 SERRAMENTI DIQUIGIOVANNI 6h 35' 56" + 01' 24"
4. GILBERT Philippe 55 SILENCE - LOTTO 6h 35' 56" + 01' 24"
5. IVANOV Serguei 101 TEAM KATUSHA 6h 35' 56" + 01' 24"
6. GERRANS Simon 184 CERVELO TEST TEAM 6h 35' 56" + 01' 24"
7. CUNEGO Damiano 141 LAMPRE - N.G.C 6h 35' 56" + 01' 24"
8. VAUGRENARD Benoît 91 FRANCAISE DES JEUX 6h 35' 56" + 01' 24"
9. KOLOBNEV Alexandr 23 TEAM SAXO BANK 6h 35' 56" + 01' 24"
10. SANCHEZ Samuel 161 EUSKALTEL - EUSKADI 6h 35' 56" + 01' 24"
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19. VALVERDE Alejandro 1 CAISSE D’EPARGNE 6h 35' 56" + 01' 24"