











Alejandro Valverde a donné une interview pour Marca que j'ai traduit ci-dessous :
"Félicitation pour ta victoire au Dauphiné. Cela fait au moins quelques jours de bonheur dans ces moments de tourmente, non ?
_Bien sûr, les victoires font toujours plaisir.
Le CONI te sanctionne et tu réponds en gagnant le Tour de Catalogne et le Dauphiné Libéré.
_C'est le mieux que je peux faire pour prouver à tous, en particulier à ceux qui m'accusent, qu'ils sont en train de commettre une injustice vis-à-vis de moi. J'ai donc essayer de continuer de
gagner des courses et de passer des contrôles, pour que tout le monde voit que mes résultats sont le fruit de mes entrainements.
Au Dauphiné tu as passé plusieurs contrôles.
_Depuis que je suis devenu leader, tous les jours. Et je crois que le premier nous sommes tous passés par "les vampires".
Combien de contrôles as-tu passé cette année ?
_Uff...Je ne le sais pas. Mais seulement avec le système ADAMS, pour le passeport biologique, je crois que j'en ai eu 21, en comptant aussi ceux de l'an passé. J'ai eu beaucoup de contrôles
urinaires, 17 ou 18 rien que cette année, sans compter les contrôles sanguins.
Au Dauphiné tu as battu ni plus ni moins qu'Evans et Contador, les deux grands favoris du Tour.
_Oui. Surtout, Evans était en très bonne condition et s'est battu jusqu'au bout. A chaque fois qu'arrivaient les choses sérieuses, on était seulement trois : Evans, Contador et moi. On ne peut
pas dire qu'on était en mauvaise forme.
Mais pas au maximum.
_Peut-être que non, mais moi à un très bon niveau, si. On pourrait faire encore un peu mieux, mais si j'étais bien au Tour de Catalogne, là j'étais encore meilleur.
Comment peux-tu continuer à t'entrainer comme si de rien n'était quand un organisme t'a suspendu deux ans ?
_La situation que je suis en train de vivre depuis ces derniers mois me causent beaucoup de tort, surtout au niveau moral. Heureusement, en course je me concentre sur mon travail, mais à
l'entrainement c'est difficile de ne pas penser à l'injustice dont je suis victime.
Cela à cause de qui ?
_Ceux qui remettent en cause mon professionnalisme, mon sacrifice, mon travail....et qui ternissent mon image.
Tu te sens injustement persécuté ?
_Oui, c'est tout-à-fait cela. Comment ne puis-je pas me sentir persécuté injustement quand ils m'accusent de quelque chose que je n'ai pas commis ? Et cela touche aussi à ma vie privée, parce que
les journalistes veulent toujours, encore et encore, la même chose.
Et tout ne serait-il pas plus facile si tu acceptais de te soumettre à une analyse d'ADN ?
Mais je n'ai jamais refusé ! L'UCI nous a obligé de signer un document dans lequel nous acceptons de se soumettre à ce test, aux conditions suivantes : que cela soit fait par une autorité
compétente et avec le maximum de garanties. Jusqu'à maintenant on ne m'a jamais demandé de me soumettre à ces tests, et personne ne m'a garantie que cela soit fait correctement. Avec tout ce qui
est en jeu, je crois que ce n'est pas beaucoup demander, si ?
Tu veux dire que pour toi le CONI n'est pas compétente en la matière ?
_C'est cela. Ils traitent les sportifs comme s'ils étaient des délinquants de la pire espèce. Avec quel mépris Torri m'a traité, en mentant et en insinuant que les bons résultats du sport
espagnol sont la conséquence du dopage...Je crois qu'il a un méconnaissance absolue du sport : il devrait voir comment nous courrons, comment nous nous entrainons, comment nous nous
sacrifions...Il ne comprend pas que les victoires ne sont pas dues au dopage mais au travail de beaucoup de gens durant plusieurs années.
Que dirais-tu à Ettore Torri, le procureur anti-dopage italien, s'il était en face de toi ?
_Qu'il me cause un tort irréparable qui est injuste. Mais ce que je dois lui dire, je ne veux pas lui dire dans les journaux : je lui dirais au tribunal, puisque nous l'avons attaqué en justice
pour l'injustice commise.
Et à tes supporters, que dis-tu ?
_Qu'ils me fassent confiance, même si presque tous connaissent mes résultats depuis que je suis jeune. Depuis que je suis petit, j'ai toujours eu un bon niveau dans n'importe quelle course que
j'ai disputé.
Et dans le peloton, comment réagissent tes collègues ? Certains voient-ils cela d'un mauvais oeil, as-tu eu certaines mauvaises réactions ?
_Non, dans le peloton, il y a un respect incroyable. Et encore plus depuis que j'ai gagné le Tour de Catalogne et maintenant le Dauphiné. Dans ces moments difficiles pour moi, je dois les remercier.
Les français te regardent également bien ?
_Oui. Avant ils ne me regardaient pas mal mais maintenant, c'est encore mieux. Autant les coureurs que les supporters, ils sont incroyablement gentils avec moi.
Peut-être n'osent-ils pas, puisque tu attaques en justice tout ceux qui se mettent contre toi.
_C'est que je dois me défendre. On ne peut pas non plus sans cesse attaquer en justice, mais si on dit des choses fausses sur moi, si.
Dans moins de trois semaines va débuter le Tour de France. Tu te vois le disputer, tu te vois au départ ?
_Pour le moment j'en suis ici [l'interview s'est faite lorsqu'Alejandro reconnaissait le CLM par équipe du Tour], à m'entrainer et à m'affiner. Mais j'ai été un mois à un haut niveau de forme et je ne sais pas comment j'arriverai, mais si finalement je le dispute je crois que je peux faire une bonne course.
Cette année tu as couru moins que jamais pour arriver en forme.
Peut-être que la pression que j'ai m'a fait inconsciemment améliorer ma forme pour le Tour de Catalogne et le Dauphiné.
Le TAS, l'organisme qui peut te faire participer au Tour, n'aura peut-être pas le temps de donner son verdict.
_Je ne le sais pas, mais ce que je sais, c'est que je n'ai commis aucune infraction, tout le contraire du CONI qui a commis beaucoup d'irrégularité. J'ai confiance au TAS.
Et si le TAS ne te donne pas raison ? Cela t'es-t-il venu à l'esprit que tu peux être suspendu deux ans mondialement ?
_J'irai jusqu'au bout pour prouver mon innocence, quitte à aller voir le Tribunal Européen des Droits de l'Homme. Je fais tout ce que je peux pour montrer que je passe tous les contrôles du monde et que je continue de gagner, je ne peux rien faire de plus, le reste n'est pas entre mes mains ; maintenant c'est eux qui doivent réfléchir à cela.
As-tu fait des cauchemars à l'idée que ce Dauphiné pouvais être ta dernière course ?
_Non, aucuns. C'est sûr que c'est une situation très difficile, mais la vie l'est bien plus que cela.
Il y a une vie en dehors du cyclisme ?
_Il y a une vie en dehors du cyclisme et de n'importe quel autre sport. Le cyclisme n'est qu'une partie de ma vie, c'est mon travail.
Nous savons donc que ces derniers jours tu as reconnu certaines étapes du Tour [le chrono par équipe et la 5e étape], mais as-tu reconnu certaines étapes des Alpes ou des Pyrénées ou cela n'en
valait-il pas la peine ?
_Je n'en ai pas reconnu, mais nous les connaissons pratiquement toutes. La décision, en tout cas, vient d'Eusebio [Unzue].
Dans le cas où tu pourrais finalement disputer le Tour, quel serait ton objectif : le podium, la victoire finale, une étape...?
_Pour le moment, y être me satisferait. Et je suis sûr que je ferais une bonne course, même si viser la victoire finale cette année serait compliqué pour les raisons que tout le monde connait.
Mon objectif serait de gagner une étape et de bien faire les choses.
Donc ton objectif principal est d'être au départ ?
_Oui, ça serait déjà un succès. Si j'y arrive, je me battrai ensuite dans la course, qui est la seule chose à laquelle je devrais me préoccuper dans des conditions normales.
Qui est ou qui sont tes favoris pour le Tour ?
_Contador, surtout, et Evans, qui était au Dauphiné. Et Armstrong, Sastre, Menchov...et au moins un des frères Schleck ; peut-être plus Andy que Frank. Mais, de tous, le grand favori est Alberto,
qui était sans être au maximum déjà devant au Dauphiné.
Tu as mentionné Armstrong. Tu le vois lutter pour le podium ?
_Plus qu'il le dit. Le Giro n'était pas son objectif, c'était le Tour, et si après tout ce qui s'est passé au Giro où il était déjà bien, près des meilleurs en montagne, au Tour je suis sûr qu'il
va être là. Le Giro a été le meilleur entrainement qu'il pouvait faire.
Alors, il aura Contador comme rival dans son équipe ?
_Je ne sais pas, mais c'est sûr qu'il va être un grand rival. Je suis convaincu qu'Armstrong sera bien. Cela fait longtemps qu'il dit que si un coéquipier est meilleur, il l'aiderai. La question
est de savoir ce qu'il va faire, parce qu'il n'a pas dit que dès le début il se mettra au service de Contador. Tout peut arriver.
Tu continues de penser que tu es un coureur du Tour ?
_Oui, je n'ai aucun doute. Malgré tout ce qui se passe actuellement, je crois que j'ai fait un petit pas en avant.
Le Valverde de 2009 est-il meilleur que celui de 2008 ?
_Oui, j'ai gagné en maturité et en sécurité. Tout ce qui se passe pour moi m'aide à murir et à plus réfléchir.
En voyant comment a été Menchov, le mieux ne serait-il pas de faire le Giro si le TAS annule ta sanction en Italie ?
_On verra, mais pour le moment je ne pense pas à cela.
La Vuelta fait également parti de ton programme 2009. Tu y penses ou est-elle trop loin ?
_J'y pens, bien que depuis une semaine je dois me concentrer au maximum sur le Tour. Cela dépendra de ce qui va se passer.
Et, à la fin de saison, le Mondial. On dit qu'il est difficile...
_Oui, celui de cette année a un bon parcours pour moi.
Le gagner serait la réponse parfaite à tant de polémique.
Je suis fatigué de donner des réponses. Je crois que désormais tout le monde sait ce que je suis capable de faire et de gagner.
L'équipe continue d'être à tes côtés, ce qui n'est pas habituel.
_ Oui, et pas seulement l'équipe, mais aussi le sponsor, mes coéquipiers, mes collaborateurs...
Outre le CONI, te plains-tu de quelqu'un ?
_Non, plus que des plaintes j'ai des encouragements, en particulier à Alejandro Blanco [président du Comité Olympique Espagnol] avec qui j'ai de bonnes relations et qui m'a soutenu avec ses déclarations. Il ne s'agit pas de donner plus de noms : tous ceux qui m'ont aidé le savent et ceux qui ne l'ont pas fait le savent également."
Je regrette que le journaliste ait posé autant de questions sur le dopage ; certaines étaient inutiles, notamment celle où il lui demandait s'il y a une vie en dehors du cyclisme...Enfin bref !
On remarque que si Alejandro n'est pas spécialement optimiste concernant ses chances de disputer le Tour, il n'est pas non plus pessimiste, au contraire par exemple de son manager, Eusebio Unzue, qui a déclaré très récemment que désormais il lui parait "très, très difficile que Valverde soit au Tour", parlant de "miracle" pour que son poulain soit au départ.
Concernant ses chances sur le Tour (s'il y participe), Alejandro parait donc avoir revu ses ambitions à la baisse, mais dans un autre interview ci-dessous, publié sur Biciciclismo, il évoque tout de même encore le podium :
"Après le Dauphiné, quels sont tes plans ? Vas-tu disputer le Championnat d'Espagne ?
_Je vais me reposer quelques jours et ensuite oui, je serai à Cantabria pour défendre mon titre au Championnat d'Espagne.
Que signifierait ne pas pouvoir disputer le Tour après avoir consacré toute l'année à se préparer à la course et à sacrifier d'autres épreuves ?
_Ce serait très dur et surtout une grande injustice. Mais si je ne peux pas être au Tour, je me concentrerai sur la Vuelta. Au début de saison l'objectif était le Tour. Pour le moment je ne sais pas si je serais au départ. Si j'y suis, mon objectif sera de monter sur le podium même si cela sera très difficile parce que j'ai couru ces dernières semaines à un très haut niveau.
Considères-tu le Tour de France comme la plus grande course ?
_Bien sûr que oui, il n'y a pas de doutes.
Que penses-tu du parcours du parcours du Tour 2009 ?
_Le parcours me plait beaucoup, notamment parce que l'avant-dernière étape est une étape de montagne et non l'habituel long chrono.
Comment te paraissent les étapes très difficiles et les moments clés où peuvent se jouer la course ?
_C'est clair que cela peut jouer en ma faveur. Les étapes les plus dures sont toujours les étapes de montagne et je crois qu'elles sont toutes dures. L'arrivée au Ventoux pourrait bien sûr être un des moments clés du Tour.
Cette saison est la plus tranquille que tu ais commencé, comment ont été tes sensations ? Cela t'a-t-il gêné de ne pas pouvoir disputer au top les classiques comme Liège ou la Flèche par
exemple ?
_Les sensations sont très bonnes et je crois que je le montre en ce moment. Je viens de remporter deux courses Pro-Tour par étapes importantes, qui sont le Tour de Catalogne et le Dauphiné Libéré, et on ne peut demander mieux. C'est sûr que j'aime toujours pouvoir jouer la gagner à Liège, à la Flèche ou à l'Amstel, qui mancue encore à mon palmaèrs, mais cette année j'avais prévu d'arriver un peu plus tard à 100% pour avoir plus de réserves que les saisons précédentes au départ du Tour. Mais je n'ai pas non plus été mauvais sur les classiques. Il me manquait un petit quelque chose pour pouvoir les gagner mais j'étais devant avec les premiers presque jusqu'au final."
Rappelons que cette semaine, Alejandro attend la décision de l'UCI, qui doit choisir entre étendre la suspension du CONI au niveau mondial ou non.