
Dimanche, Alejandro a donc remporté le Dauphiné Libéré pour la seconde fois d'affilé. C'est sa 10e victoire sur une course d'une semaine depuis le début de sa carrière (si l'on compte ses deux
Challenge de Majorque), sa deuxième depuis le début de saison, après le Tour de Catalogne. Mine de rien, s'il y a bien un type de course dans lequel Valverde n'a jamais déçu, c'est celui-là.
Une course d'un jour comporte son lot de d'indécision, de chance qui fait que le meilleur, du moins physiquement, n'est jamais assuré de gagner. Quant aux Grands Tours, le jour-sans ne pardonne
généralement pas, à moins d'un incroyable retournement de situation qui apporte inévitablement (surtout depuis 2006 et le raid de Landis) son lot de doute sur la nature de la performance.
Sur les classiques, Valverde a l'habitude (assez fâcheuse pour le spectacle mais qui a le mérite d'être efficace assez régulièrement - on ne se plaindra donc pas) de privilégier l'attente d'un
sprint plutôt que l'attaque, une stratégie qui ne fonctionne pas toujours ; on a pu le constater notamment en 2007, une des saisons les plus mitigés d'Alejandro. Sur les Grands Tour, l'espagnol
pèche notamment par son manque de régularité, particulièrement en montagne lorsqu'il fait froid et qu'il pleut , un temps qu'il déteste mais qui fait malheureusement très souvent parti, au moins
une fois pendant les trois semaines, de la course.
Les courses d'une semaine conviennent donc particulièrement à Alejandro par leur durée, à la fois courte (par rapport à un Grand Tour, ce qui réduit considérablement les risques de jour-sans) et
longue (par rapport à une course d'un jour, ce qui limite l'importance du facteur chance). En remportant (avec brio !) deux fois le Dauphiné, considéré par beaucoup comme la course d'une semaine la
plus prestigieuse du calendrier, une fois le Tour de Catalogne, et à un degré moindre trois fois le Tour de Murcie, deux fois le Tour de Valence, deux fois le Challenge de Majorque et une fois le
Tour du Burgos, Valverde a prouvé qu'il est un des meilleurs coureurs du peloton pour ce type de course, si ce n'est le meilleur. Ces dernières années, il n'a jamais officiellement fait d'une
course d'une semaine son objectif, pourtant c'est sur ce type de course qu'il réussit le mieux.
Qu'en conclure ? Alejandro devrait-il se concentrer définitivement sur les courses d'une semaine et tenter de toute les remporter, une par une, au fil des mois ? Non, bien sûr que non, trois fois
non. Cela serait du gâchis pour un talent qui peut bien mieux faire. Attention cependant à ne pas chercher à faire l'effet inverse : se concentrer uniquement sur les courses plus longues (les
Grands Tours), sous prétexte que les courses d'une semaine ne sont plus au niveau d'Alejandro. Valverde n'est pas Contador. Contador, lui, peut se permettre de sacrifier une saison entière pour le
Tour, car il a prouvé qu'il a les moyens de remporter le Tour (ce qu'il a d'ailleurs déjà fait, en 2007, même si c'était pratiquement sur tapis vert). Alejandro a-t-il les moyens de gagner le Tour
? Attendons qu'il ait fait un top 5, voir un podium, sur le Tour, avant de donner une réponse positive. Cependant, si Valverde n'est pas Contador sur les Grands Tours, Contador n'est pas Valverde
sur les classiques. A Alejandro d'en profiter (sans pour autant renoncer à participer à un Grand Tour dans la saison, l'un n'empêche pas l'autre, bien au contraire), d'éclabousser les multiples
belles courses d'un jour du calendrier (Milan/San Remo, le Tour de Lombardie, etc. ...il n'y a pas que Liège/Bastogne/Liège !) de sa classe et de son talent. Quant à l'argument "En Espagne, on n'a
d'yeux que pour les vainqueurs de GT", on a bien pu voir ces derniers temps, avec le soutien qu'a reçu Valverde jusque dans les plus hautes instances espagnoles (fait extraordinaire), et la
médiatisation de sa victoire au Dauphiné dans les médias nationaux, que l'Espagne sait reconnaitre à sa juste valeur les très bons coureurs, qu'ils excellent dans les Grands Tours ou ailleurs.
Ainsi, même si j'aurais aimé enfin voir ce que peut donner à Valverde à 100% en Juillet, on peut tout de même trouver un aspect positif à l'impossibilité de Valverde de disputer le Tour. Ces
dernières semaines (depuis le Tour de Catalogne) ont été magiques, sportivement parlant bien sûr, pour le fan que je suis d'Alejandro. Je l'ai vu courir intelligemment, attaquer comme rarement (son
démarrage sur le Ventoux est inoubliable !), montrer une motivation que l'on ne lui connaissait pas, une rage de vaincre dont les sources, extra-sportives, sont connues de tous mais qui ont donc
paradoxalement servi à le rendre plus fort (au passage, je tiens à souligner la formidable ataraxie dont il fait preuve à ce propos ; chapeau !).
Tout cela ne se serait pas produit si la participation de Valverde au Tour avait été assuré : il se serait (légitimement) économisé en vue du mois de Juillet, à la manière d'Alberto Contador sur ce
Dauphiné qui, contrairement à ce qu'affirmait Laurent Jalabert sur France Télévision, avait les moyens, c'est certain, de faire bien mieux (donc non, désolé mais Valverde n'est pas meilleur
grimpeur que Contador ;) ).
Désormais, la participation d'Alejandro au Tour est pratiquement impossible (il semble d'ailleurs que même dans le camp du murcian, on se soit résigné, même si, histoire de, Valverde a reconnu hier
le parcours du CLM par équipe avec ses coéquipiers ainsi que par la même occasion aujourd'hui la
5e étape se
finissant à Perpignan) et, de toute façon, même si le murcian dispute le Tour, il parait résonnablement très difficile, maintenant qu'il s'est beaucoup dépensé ces dernières semaines, qu'il puisse
se mêler à la lutte pour la victoire finale, du moins en 3e semaine, là où pourtant le plus gros de l'épreuve se jouera.
Dans un article à paraitre en fin de semaine, je verrais les différentes options qui se présentent désormais pour Alejandro (et je montrerai ainsi que sa saison est très loin d'être gâchée
contrairement à ce que certains médias le laissent penser), et je publierai les deux plans de courses de Valverde pour préparer le Tour d'Espagne.