Jeudi 3 mai 2007
Chargé des relations presse au sein de la Caisse d’Epargne, Francis Lafargue a bien voulu faire le point sur le début de saison de sa formation. Avec en point de mire le Tour de France.

CAISSE D'EPARGNE / FRANCIS LAFARGUE : « Vite tourner la page »
Francis Lafargue, quel bilan faîtes-vous des Ardennaises qui se sont terminées dimanche avec la deuxième place d’Alejandro Valverde sur Liège-Bastogne-Liège ?
Dans l’ensemble, le bilan n’est pas mauvais. Mais nous sommes déçus de ne pas avoir gagné de course. Je pense notamment que Valverde aurait pu s’imposer sur l’une d’elles. Mais il faut un peu, (il se reprend) beaucoup de chance et cette année, nous n’en n’avons pas eue.

Pourtant, Valverde semblait en forme…
Oui mais il suffit de tourner la tête et, sur un contretemps, c’est fini. On l’a vu sur la Doyenne. On sait que la côte de la Redoute est trop loin de l’arrivée et même si tout le monde arrive ensemble, il est difficile de s’imposer, surtout pour un Valverde particulièrement surveillé.

On a pourtant le sentiment que sur Liège-Bastogne-Liège, il était le plus fort…
Je le crois aussi. Il n’a pas montré qu’il était déçu mais au fond de lui-même, je pense qu’il l’était vraiment.

A l’arrivée, il a déclaré être content que l’équipe ait montré que le doublé Flèche Wallonne – Liège-Bastogne-Liège de l’année dernière n’était pas dû au hasard. Est-ce également votre sentiment ?
C’est ce qu’il faut retenir. L’équipe a fait un bon travail. On l’a vu avec Joaquim Rodriguez qui a fait un bon boulot sur la Flèche. On a également vu David Lopez que peu de monde connaissait et qui devrait être un équipier apprécié dans les années à venir. Notre équipe était solide autour de Valverde pour les Ardennaises. Mais maintenant, il faut vite tourner la page en vue du Tour de France et du Dauphiné pour composer une équipe complète et compétitive pour jouer les premiers rôles.

Plusieurs coureurs ont semblé agacés par le fait que Valverde ne roule pas à certains moments de la course. Le comprenez-vous ?
C’est normal. C’est le vainqueur sortant, c’est donc le favori. C’est le statut de grand leader qui veut ça. Quand on veut gagner, on ne peut pas le cacher. Surtout quand on est le plus rapide. Les adversaires ont ainsi plutôt tendance à laisser partir quelqu’un d’autre, comme on l’a vu dans l’Amstel, parce qu’au sprint, ils savent que Valverde est plus rapide.

« Valverde a tout à apprendre »

Valverde est le seul favori du Tour à avoir participé aux trois Ardennaises. Est-ce une stratégie ?Image hébergée par servimg.com
Non, il faut être réaliste. Aujourd’hui, on ne peut plus faire une saison complète. Les saisons et le Pro Tour commencent plus tôt. On ne peut pas tout commander dans un bon menu. En fonction de ses possibilités, chaque coureur se fixe des objectifs. Dans une première partie, on visait les Ardennaises et Paris-Nice, puis dans une deuxième partie, ça sera le Tour de France et dans une moindre mesure le Tour d’Espagne.

Les deux dernières saisons, Valverde n’est pas arrivé jusqu’à Paris. Comment le sentez-vous dans sa préparation de l’édition 2007 ?
Il faudra compter avec la chance cette fois. Sachant, comme il aime à le rappeler, qu’il lui reste encore tout à apprendre puisqu’il n’a fait qu’une semaine de course sur la Grande Boucle. Il fera quand même partie des hommes forts. Il s’est amélioré dans les contre-la-montre et est à l’aise dans la montagne. Il n’y a pas de raison.

D’autant que la présence de Pereiro pourrait l’aider à se libérer…
C’est important d’avoir deux coureurs de haut niveau dans ce genre de course. Deux têtes d’affiche. Si un des coureurs est plus surveillé, l’autre peut en profiter. Mais il y a également le scénario de l’échappée fleuve qui, je vous rassure, ne va pas se passer cette année.
Mercredi 2 mai 2007
On a pu remarquer sur les classiques ardennaises que Valverde est maintenant reconnu comme très dangereux par ses adversaires. L'année dernière, il avait pu bénéficier d'un manque d'attention de ses adversaires, un peu comme cette année sur Schumacher qui s'est d'ailleurs affirmé comme un des tout meilleurs sur les classiques.
Mais cette année, il est marqué par tout le monde : dès qu'une attaque se produit, le groupe dans lequel est Alejandro le regarde, et ca ne bouge pas tant que Valverde ne bouge pas !

Pourquoi ?
1. Parce que Valverde a remporté l'année dernière 2 classiques ardennaises et que cette année c'était l'homme à battre.
2. Parce que Valverde est un très bon sprinteur et que chacun redoute une arrivée au sprint avec lui.
3. Parce que les favoris ont bien senti (à Liège) que Valverde était le plus fort et que c'était à lui de faire le sale boulot (revenir sur les coureurs partis devant : Di Luca et Schleck à Liège).

Image hébergée par servimg.com

Le scénario s'est produit à l'Amstel : Schumacher partit, le groupe s'est tourné vers Valverde pour lui faire comprendre qu'il devait bouger, et à Liège, quand Di Luca et Schleck se sont envolés.

C'est une des premières fois que ce cela se produit pour lui chez les pros, et il faudra maintenant faire avec : Valverde est incontestablement un des meilleurs coureurs du monde, il n'est plus l'espoir d'il y a quelques années.

La conséquence : il faudra qu'Alejandro se bouge un peu plus, qu'il prenne encore plus ses responsabilités, et quand il sent qu'une échappée peut aller au bout, il faudra si l'échappée augmente son avance qu'il sorte du peloton, qu'il prenne des initiatives. A Liège, on a peu parlé de ce moment mais il aurait pu être décisif : c'est lorsqu'un groupe s'est formé comprenant des équipiers de tous les leaders importants, sauf Valverde (et Cunego).
La Caisse d'Epargne aurait dû mettre un homme dedans, elle a fait une erreur, mais il aurait fallu après rouler à fond pour rattraper ce groupe, qui comprenait quand même Schumacher, qui venait de gagner l'Amstel.
Et justement, ce même coureur, Schumacher, a laché ses compagnons d'échappée dans le but de finir la course en solitaire. Il augmentait son avance au fil des kilomètres, et un moment, je me suis qu'il allait réussir son coup le "Schumi" ! Il fut repris, et heureusement...

Mais la victoire de Schumacher à l'Amstel et celle de Di Luca à Liège est aussi la faute des autres leaders, qui ne se sont pas beaucoup bougés (excepté Bettini dans le final de Liège) : rejeté toute la responsabilité sur les épaules d'Alejandro ne sert strictement à rien, sinon à perdre du temps en se demandant "Je part, je part pas, je part, ect...".

Un vrai champion doit savoir attaquer, et les propos de Di Luca après la Flèche Wallonne sont vraiment la marque d'un mauvais perdant : l'italien a déclaré que Valverde aurait dû plus rouler avec lui car Rodriguez était seul devant, dans le final. Oui, mais le truc c'est que Rodriguez est un équipier d'Alejandro, et Valverde n'a vraiment pas à aider un adversaire à rattraper un de ses coéquipier !Image hébergée par servimg.com
Di Luca, très énervé, a eu le bonne idée d'attaquer au bon moment à Liège pour ensuite s'imposer. Oui, voila la réelle erreur de Valverde : c'était évident que quelqu'un allait partir avant ou pendant la montée vers Ans, puisque tout le monde savait que Valverde gagnerait si la course se finissait au sprint, alors ce qu'il fallait, c'était partir, puisque Alejandro était le meilleur ce jour là !

Conclusion :
Valverde a fait des erreurs tactiques sur ces ardennaises, ces adversaires aussi, mais maintenant Valverde ne doit plus compter que sur le sprint pour remporter des classiques : il doit plus attaquer, prendre des initiatives !
Mais rassurez-vous, la campagne de classique d'Alejandro est loin d'être mauvaise, toutes ces erreurs, Valverde les retiens, et de toutes façons pour un coureur de 27 ans faire 2e de la Flèche et 2e de Liège c'est déjà vraiment pas mal !

Les réactions de Valverde par rapport à cela :

"A Liège, tout le monde m'a laissé la responsabilité d'aller chercher Di Luca et Schleck. Et je ne pouvais pas faire tout le travail seul et tout contrôler , a expliqué Valverde.
Je suis sorti quand Di Luca avait 500 mètres d'avance, mais il m'a vu et je n'ai pas pu le rattraper ", a-t-il commenté.

"Il me restait des forces, je voulais gagner, mais… allez, j'ai quand même fait de belles places", a-t-il signalé [il rappelle ses places].
"Ce n'est pas de mauvaises places pour quelqu'un qui n'a reçu aucune aide à cause de mes qualités en sprint."

« Il est seul contre tous. Et il ne peut rien n'y faire. S'il y avait un coéquipier avec lui, ca serait différent, mais cela n'a pas été le cas et tous les autres sont sur lui. Il est très surveillé", explique un dirigeant de la Caisse d'Épargne.

« Valverde est toujours là. Il veut toujours gagner. Tout est sur lui et à la fin, ça l'use. Il doit économiser ses forces ", déclare Eusebio Unzué, son directeur sportif.

C'est pourquoi, voyant Di Luca lever les bras à Liège, le Murcian à donné de rage un coup à son guidon, signifiant sa déception.

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Valverde disputera le Tour de Catalogne puis le Dauphiné Libéré avant le Tour de France.

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